Le chleuasme (du grec χλευασμός, chleuasmos : ironie, sarcasme) est un procédé rhétorique consistant à se déprécier soi-même par fausse modestie pour tenter de mieux convaincre ou pour recevoir des éloges.

Il s'agira par exemple de commencer un discours sur un sujet délicat, dont on est connu comme étant spécialiste peu contesté, en disant : « Je n'y connais pas grand-chose et je ne peux guère que contribuer à poser le problème. » En se dépréciant, celui qui emploie le chleuasme espère attirer sur lui au moins la confiance, au mieux la sympathie active de celui qui l'écoute.

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l'autre soir, la poulette buvait un bon apéro au vin accompagné de mille douceurs. le premier des plaisirs était d'avoir pu arriver sans encombre, un jour de grève de décembre, à l'autre bout de la France, chez son amie Kate, afin d'y déguster les câlins, d'y partager les rires et de se goinfrer de coquilles préparées par son chouette mari.

elle riait avec julie des pratiques du monde virtuel. le selfie. le selfie de soi-même en chaussettes. le selfie de soi-même en train de vomir. le selfie de soi-même-qu'est-en-train-de-vomir-mais-qui-est-aussi-belle-que-pénélope-cruz-au-réveil. ongle parfait accroché à la cuvette, oeil souligné de noir, vomi assorti à la lunette. bref, le selfie de soi-même qui attend le compliment de la mort qui tue.

c'est alors que le fond de prof de français par l'alcool endormi se réveilla. il fallait que la poulette crânât. il balança le chleuasme au milieu de la table afin de rappeler combien cette figure de style au nom imprononçable et parfaitement inconnue, sorte de chancre de la parole littéraire, croissait et s'embellissait sur la blogosphère.

pour exemple, ce billet.

voilà que la poulette avait bien envie de faire une toute-petite-robe-vite-cousue pour Miss Victoria, le plus joli des cupcakes, le bébé chou de Marie, et accessoirement la petite fille de la susnommée Kate. elle jeta son dévolu sur la Louisa dress de Compagnie M.

après avoir passé une looongue soirée à assembler et découper les presque 50 feuilles du patron PDF, voici la poulette en proie à un doute : il fallait une robe doublée, à manches longues. et la poulette la plus assurée de ses talents de couturière en train de flipper... comment réussir la fermeture éclair? comment doubler et monter les manches fermées sans que ce soit trop moche? comment passer l'épreuve du regard avisé et aiguisée de kate-la-plus-chouette-des-couturières-de-l'-ouest???

sur un blog, il est très simple de montrer les qualités d'un vêtement cousu au gros mot, dont les finitions ne sont pas terribles et qu'on n'a pas envie de démonter... parce qu'on est quand même fière... on s'imagine avoir eu la meilleure des idées en remplaçant la fermeture par une patte pressionnée, on encore en recopiant une idée vue ailleurs sans savoir retrouver l'adresse ...

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mais quand cette robounette passerait sous les yeux de kate, de marie, de julie, comment ne verraient-elles ses défauts???

robe victoria

un raccord pas aligné? un point de trop à la couture d'arrière? un vilain pli au montage de manche ( à la surjeteuse?) un problème de réglage de fil? une couture qui quitte le sillon...

alors cette coquette de poulette avait trouvé une autre solution. montrer, souligner, mettre en valeur les détails microscopiques et parfaitement ratés de sa robe. comme ça, eh bien on ne pourrait que répondre, "meuh non, elle est parfaite cette robe là!" ( et d'ailleurs j'apprécierai que les commentaires sous ce billet aillent dans ce sens...)