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sentir le froid, les flocons et le silence. poser son pied mal assuré sur la neige fraîchement déposée, et rire, rire à gorge déployée de ce cadeau que paris nous fait. arriver en douceur, comme tombent les flocons la nuit, et s'envoyer quelques boules avant de se glisser dans les lits convoités. marcher à pas mesurés, bottes aux pieds, et profiter. retrouver les cousins, rencontrer des bonshommes, des zèbres et un narval, se mesurer à lui. attendre les amis. sentir son corps s'emballer devant les rondeurs de son hélène bien aimée, en attente d'un délicieux bébé. embrasser, enlacer, caresser, essayer de porter, et oublier la fatigue et l'affreux mal de dos. manger, jouer et rire encore.

marcher dans la neige. lever les yeux. regarder sa fille éblouie "maman, c'est la tour-eiffel-de-paris". sortir la neige de ses bottes. et marcher encore dans un paris déserté, rendu muet, merveilleux, offert aux touristes ébahis. et comme lui, la poussinnette de s'emballer devant l'expo des dinosaures, et de pétiller de joie devant le spectacle offert. et comme alors, sa maman de sentir ses yeux se remplir de larmes de plaisir.

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Seigneur, vous avez visité Paris par ce jour de votre naissance

Parce qu’il devenait mesquin et mauvais

Vous l’avez purifié par le froid incorruptible

Par la mort blanche.

Ce matin, jusqu’aux cheminées d’usines qui chantent à l’unisson

Arborant des draps blancs  -  " Paix aux Hommes de bonne volonté! "

Seigneur, vous avez proposé la neige de votre paix au monde divisé, à l’Europe divisée

A l’Espagne déchirée et le Rebelle juif et catholique a tiré ses mille quatre cents canons contre les montagnes de votre Paix.

Seigneur, j’ai accepté votre froid blanc qui brûle plus que le sel.

Voici que mon cœur fond comme neige sous le soleil.

J’oublie

Les mains blanches qui tirèrent les coups de fusils qui croulèrent les empires Les mains qui flagellèrent les esclaves qui vous flagellèrent

Les mains blanches poudreuses qui vous giflèrent, les mains peintes poudrées qui m’ont giflé

Les mains sûres qui m’ont livré à la solitude à la haine

Les mains blanches qui abattirent la forêt de rôniers qui dominait l’Afrique, au centre de l’Afrique

Droits et durs, les Saras beaux comme les premiers hommes qui sortirent de vos mains brunes.

Elles abattirent la forêt noire pour en faire des traverses de chemin de fer

Elles abattirent les forêts d’Afrique pour sauver la Civilisation, parce qu’on manquait de matière première humaine.

Seigneur, je ne sortirai pas ma réserve de haine, je le sais, pour les diplomates qui montrent leurs canines longues

Et qui demain troqueront la chair noire.

Mon cœur, Seigneur, s’est fondu comme neige sur les toits de Paris

Au soleil de votre douceur

Il est doux à mes ennemis, à mes frères aux mains blanches sans neige

A cause aussi des mains de rosée, le soir, le long de mes joues brûlantes .

Leopold Sédar Senghor, Extrait de Chants d’Ombre, Paris 1945.