à la fin tu es las de ce monde ancien... et depuis longtemps pourtant, et depuis toujours peut-être tu voulais enseigner. tu voulais faire partager, raconter, sourire, et faire aimer encore, et encore. tu t'imaginais la craie entre les doigts, la salle des profs, les cafés échangés, la salle refermée, les couloirs désertés et les apéros bien mérités. depuis longtemps pourtant, depuis toujours peut-être tu désirais si fort que l'on t'accorde de l'intérêt, que l'on t'écoute, que l'on t'admire et que l'on se souvienne de toi. depuis toujours, raconter des histoires, regarder les autres et sentir leur plaisir, leur joie ou leur ennui. depuis longtemps aussi t'adapter à eux, faire pour eux, les aider à grandir.

à la fin tu es las de ce monde ancien... tu te sens t'encroûter, vieillir doucement et glisser, parfois, un peu, vers la facilité. ou pas tant que ça. tu aimes encore tant imaginer, créer, partager. mais là, au creux du ventre, de poindre l'envie d'autre chose, de songer que tu ne passeras pas ta vie entière dans une salle de classe à imposer ta matière - et ta conversation - à des élèves rendus captifs par l'institution. poindre l'envie de retourner, encore et toujours, sur les bancs de l'école, de toutes les écoles, et d'apprendre, de toujours apprendre.

à la fin tu es las de ce monde ancien... et toi que les fenêtres observent la honte te retient ... d'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin ... tu t'es réveillée tôt ces matins. tu as fouillé partout, en toi, ailleurs, et questionné tes envies. tu veux toujours enseigner. mais tu sens là, tout au fond de ta tête, ton cerveau se racornir. s'encroûter. ralentir. encore et toujours, tu veux comprendre, décortiquer et faire des liens. il te faut te former. il te faut retourner à la fac. reprendre des cours. apprendre, oh oui, apprendre. et juste apprendre. comme si depuis si longtemps tu avais oublié la joie de découvrir de nouveaux trésors, le plaisir de les recevoir, de faire confiance, et de suivre une route toute tracée.

tu te moques de toi et comme le feu de l'Enfer ton rire pétille ... les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie ... c'est un tableau pendu dans un sombre musée ... et quelquefois tu vas le regarder de près...  oh oui, déjà tu te sens un peu hardie, un peu peureuse, tu vas te soumettre au rythme, à l'évaluation. tu auras peur d'échouer, peur de ne pas être à ta place, mais au creux de ton ventre, juste là, ça pétille, ça brille, ça chante, ça vibre. c'est ça qu'il te faut. résolution de janvier. essayer.

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robe scarlett, scarlett et marguerite, taille 8 ans pour Ninon, 7 ans depuis hier. Tissus à pois Michael Miller Mirror Ball Dot ( mille mercis liberty ) et Robert Kaufman à oiseaux (lydie confiture) et coton marèse, pressions kam et bouton MT

...

Tu as fait de douloureux et de joyeux voyages
Avant de t'apercevoir du mensonge et de l'âge
Tu as souffert de l'amour à vingt et à trente ans
J'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps

Tu n'oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais sangloter
Sur toi sur celle que j'aime sur tout ce qui t'a épouvanté
Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres émigrants
Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants
Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare
Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages
Ils espèrent gagner de l'argent dans l'Argentine
Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune
Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez votre coeur
Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels
Quelques-uns de ces émigrants restent ici et se logent
Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges
Je les ai vus souvent le soir ils prennent l'air dans la rue
Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs
Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque
Elles restent assises exsangues au fond des boutiques

Tu es debout devant le zinc d'un bar crapuleux
Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux

Tu es la nuit dans un grand restaurant

Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant
Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant

Elle est la fille d'un sergent de ville de Jersey

Ses mains que je n'avais pas vues sont dures et gercées

J'ai une pitié immense pour les coutures de son ventre

J'humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible ma bouche

Tu es seul le matin va venir
Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues

La nuit s'éloigne ainsi qu'une belle Métive
C'est Ferdine la fausse ou Léa l'attentive

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie

Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied
Dormir parmi tes fétiches d'Océanie et de Guinée
Ils sont des Christ d'une autre forme et d'une autre croyance
Ce sont les Christ inférieurs des obscures espérances

Adieu Adieu

Soleil cou coupé

Apollinaire, Alcools