anni1

 Allons, mettez-vous là au milieu de mon poème,

Que je m'approche à loisir, loin des regards indiscrets,

Entre des mots qui vous observent, bien qu'ils vous devinent à peine,

Et d'autres mots qui vous éclairent sans parvenir à vous toucher.

 

Vous y trouverez un air, un ciel plus cléments que l'autre,

Dans un grand imprévu d'arbres ignorés par les saisons,

Une attentive floraison comme aux premiers jours du monde,

Quand il n'y avait encor rien et que soudain tout devint nôtre.

 

Une légère carriole traversant ma poésie,

Avec un cheval qui jamais ne souleva de poussière

Parce qu'il sait avancer franchement, sans toucher terre

Nous fera voir aussi bien la clairière ou l'éclaircie.

 

Nous ferons un grand bûcher des angoisses de la terre

Pour le vouer à la mort qui s'éloignera de nous,

Et remonterons sans remords les plus secrètes rivières

Où  se  reflètent  les  coeurs  qui  ne  tremblent  plus  que d'amour.

Jules SUPERVIELLE

P1190302

joyeux anniversaire, mon théodore.