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fallait oser choisir ce doux coupon. tailler dedans. et y faire vivre une chemisette pour garçon. fallait oser et la poulette a bien aimé, oser. ça lui a fait du bien, à la poulette. elle attend de pied ferme le poussin pour voir si ça va. mais déjà, pendant qu'elle cousait les pressions à la main, le poussin lui tournait autour en trépignant d'envie de la mettre, sa chemise bariolée.

et la poulette, eh bien ça lui avait mis du baume au coeur, car le diabolo de la poussinnette s'était fait la malle; la poulette était inquiète. elle se demandait ce qu'on pourrait faire pour sa poussinnette. elle était inquiète aussi, la poulette, de voir le temps filer et les copies s'amonceler sur le coin de sa table de travail. elle n'avait qu'une envie, depuis deuxmilledouze... prendre des bains et prendre soin d'elle. elle voulait câliner ses poussins, mitonner des petits plats, arrêter le temps et caresser les peaux douces de ses enfants. enfouir le nez dans les bouclettes de poussinnette, dans le cou chaud et poivré de son fiston. elle voulait rêver un peu, jouer beaucoup, et courir moins.

elle se délectait de lectures variées pour le prix des lecteurs, stoner, le polygame solitaire ou encore sollicciano. elle tentait des recettes de galette à la noisette ou faisait sauter des gnocchis dans la graisse de canard. elle lisait des textes de superhéros et chauffait le studio pour coudre... juste un petit peu, un petit pantalon qui irait bien avec cette chemise.

elle avait vu les deux derniers bref, et souri. ça allait.

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chemise maurelle, blousette rose, taille 6A. tissu tous tissus et surpiqûres orange, pressions invisibles cousues à la main, biais vichy bleu.

FLASH DE 20h51, coup d'oeil dans le rétroviseur: maurelle... quand la poulette était au collège, y avait un gars dont le nom ressemblait curieusement à celui là. curieusement cultivé, très gentil, il formait avec linda le duo que la poulette fréquentait. linda raffolait du ciné et ce gars la suivait. ils parlaient pendant des heures de ce qu'ils avaient vu, à la télé, au ciné, bref de ce que la poulette connaissait peu. à l'heure où la poulette découvrait le grand bleu et pleurnichait en regardant dirty dancing pour la 22° fois, linda la snobait en évoquant david linch. ce gars, la poulette l'aimait bien. il était sensible, gentil, et souvent caustique aussi. il portait de jolies chemises très raffinées. il avait des joues douces. il avait fait l'école freinet. il habitait une jolie maison, place danton. sa maman était plus grande que son papa. il avait un sourcil rigolo. il mettait du gel dans ses épais cheveux bruns. avait un rire qui retentit encore aux oreilles de la poulette. la poulette aimait bien se faire croire qu'elle appartenait à ce gotha, et sentait néanmoins qu'il y avait encore une étape à franchir pour se faire aimer d'eux. elle essayait bien fort, et avait malgré elle, et peut-être pour leur plus grand plaisir, ce sentiment d'exclusion. la poulette serait parmi eux, peut-être, une référence. au moins digne d'être entendue. linda est devenue journaliste, grand reporter, certains la voient parfois à la télévision. elle est maman et n'a pas beaucoup changé. lui, il se ressemble encore. et la poulette a grandi.