des nouvelles du cap ( matisse sous la pédale )
elle n'en parlait plus trop, et n'y allait plus trop non plus. la dernière fois qu'elle avait franchi la porte de l'atelier, elle s'était dit qu'elle avait autant envie de mettre la piqueuse plate en route que de se pendre. quand on lui demandait ce qu'elle avait appris, ce qu'elle ferait l'an prochain, elle répondait confusément qu'elle avait beaucoup appris, et que peut-être elle passerait ce CAP. mais c'était difficile à gérer, et elle voyait bien maintenant comment cette frénétique course à toujours mieux faire l'avait emportée pendant l'année. peut-être accumulait-elle les tâches pour se sentir exister. peut-être avait-elle besoin de se prouver, une fois encore, qu'elle savait faire. en couture flou, elle avait appris du vocabulaire, des techniques et de la précision. en couture flou elle avait rencontré des filles magnifiques et peu sûres d'elles, elle avait revécu une situation d'élève. elle avait reçu en plein coeur les sourires, les encouragements et les remarques sur ses négligences. en couture flou, elle avait compris qu'elle pourrait devenir bien meilleure en couture, avec du temps. mais le temps lui faisant défaut, il lui avait fallu sacrifier cet apprentissage. et c'était pas grave, parce que là, malgré la fin d'année, malgré les listes de bac, malgré les missions d'examen et le temps morne, elle respirait.
elle s'en était rendu compte en cousant la veille. elle avait tout d'abord cousu quelques serviettes de table, avec un joli biais hyper bien posé, d'une technique très simple apprise auprès de nathalie, avec les première année. et puis elle avait lu les explications de matisse. tout avait été clair, tout avait une raison d'être. elle savait l'intérêt de l'entoilage, les retournements, les marges de couture et les crans, les repères tombaient pile poile; et elle avait cousu avec son réglet. la petite robe qui était sortie de sa pédale avait immédiatement tapé dans l'oeil de la poussinnette, quoiqu'elle fut bleu roi, et les étoiles et les pois avaient filé sur les épaules riantes de la fillette ravie.
patron matisse de valantoine, taille 4 ans, tissu à pois du marché, doublure petit pan
chronique d'un dimanche de printemps, au fil du temps
le poussin chantonnait d'une voix haut perchée une chanson si vieille qu'elle prenait la poulette aux tripes... "auprès du ruisseau, parmi les roseaux, une voix appelle, une voix d'oiseau, une voix d'azur et d'eau, parmi les roseaux". cette chanson si vieille berçait la poulette, enfant, qui regardait couler l'eau du ruisseau. elle berçait la poulette enfant, la poulette un peu triste, un peu seule, elle berçait. cette chanson qui avait bercé ses bébés, et qu'il chantait, lui aussi d'une voix si claire. il avait bien dormi et dès son réveil, on l'avait emmené, avec sa petite soeur tôt levée, au vide grenier. au vide grenier, tous deux s'amusaient, désiraient et parfois se laissaient gâter. cette fois là on avait rapporté un véritable butin: un casque, et une souris. on avait trouvé des rollers. on s'était déniché un costume de squelette. on avait craqué sur un tisheurte.
on avait passé les rollers et le poussin avait épaté ses parents, glissant sans trop tomber, tombant sans pleurer, et roulé un petit moment. il avait bâillé aussi en remontant dans la voiture, et timidant avoué que ça, eh bien ça l'avait fatigué. la poussinnette n'avait pas demandé son reste et dormi, dans la voiture, puis dormi encore, une bonne partie de l'après midi. la poulette en avait profité pour jouer avec son poussin, le regarder aller et venir, ses trois roues aux pieds, et pour coudre, évidemment.
un dîner vite englouti, deux bisous et au lit.
le poussin porte un bermuda printanier de her little world, taille 6A, tissu du marché et liberty ebay, chaussettes sergent major et tisheurte 4 funky flavours, acheté ici. bouclier chiné au vide grenier du matin.
sirop d'anis et dent de lait
il y avait eu ce ouiken de clowns, à deux, à rire, à crier, à approfondir la colère et la joie, frôler la folie et jouer, jouer, jouer. pendant ce temps là les poussins vivaient leur vie de poussin, l'un ici et l'autre là, chacun tranquille de l'autre, chacun pensant à l'autre aussi. il y avait eu aussi la sourde inquiétude que son pôpa souffre, et le soulagement de le savoir sorti de la salle d'opération, réveillé, même engourdi.
le petit poussin avait perdu sa dent. il l'avait doublement perdue. une fois de sa bouche, et une fois du bureau de la maîtresse. alors, on avait écrit un mot à la petite souris, et le poussin joli s'était endormi sur sa boîte à dents. au matin, un sou, un sourire, un plaisir. les yeux illuminés de cette nouvelle merveille de nuit. la poulette tenait beaucoup à ces mystères qui enjolivent la vie, et voulait les faire durer aussi longtemps que cela les ferait rêver.
Si j'avais un marteau
Je cognerais le jour
Je cognerais la nuit
J'y mettrais tout mon coeur
Je bâtirais une ferme
Une grange et une barrière
Et j'y mettrais mon père
Ma mère, mes frères et mes soeurs
Oh, oh, ce serait le bonheur...
le poussin porte un pantalon O du livre 209, un marcel O du livre 72, le tout en taille 120: jersey anis et jean marèse, appliqué peppauf de, jersey vert paniers vert pomme, ourlet rapporté tissu patch de points en croix, et pansement ikea.
la poussinnette est en marcel o du livre 72, taille 110, et en sarouel maison, tissus paniers vert pomme. chapeau vu ici, balles m comme marie
ils te plaisent, caro, les marcels?
p'tites têtes (bob, balles et couleurs)
il a eu cinq ans et demi. il est fier et fait des blagues. il écrit seul sur son cahier du voyageur: "jé u cinq ans et demi". il dessine. dessine, peint, patouille et presse des badges.
elle aura quatre ans dans deux mois. elle a débarqué chez lilas, et s'est installée, comme une évidence, jusqu'au lendemain. elle s'est couverte de paillettes, a mangé des crêpes, et joué.
elle a une jolie petite tête, des parents accueillants, et un petit caractère. elle a pris le badge qui relevait le chapeau, et réclamé un autre chapeau, avec "des pois et du rose foncé dedans". et vient d'avoir quatre ans.
elle ne s'est pas laissé faire. enfin pas tout à fait. comme elle aura trente-cinq ans dans peu de temps, elle a pris du violet. elle tousse un peu, s'est fait couper les cheveux, attend le printemps, le vrai, celui qui dénude les épaules et bronze au bord de l'eau.
elle vient d'avoir trente ans. elle est belle comme un coeur. et au coeur d'elle, une enfant. petite soeur...
pour lilas, qui n'en voulait pas, tissu turquoise robert kaufmann et doublure à pois verts lydie confiture
pour théodore, qui ne le quitte plus, tissu chiens MT et doublure marèse
pour lilas, qui peut-être l'adoptera, tissu à pois verts (validé) et tissu japonais lydie confiture
pour anna, tissu michael miller bohème village, lydie confiture et rayures des paniers vert pomme
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tissus ikéa, lydie confiture
chutes d'un voilage les touristes et d'un morceau fleuri du marché
michael miller pour les coeurs, rayures d'un vieux jean de monsieur poulet, chutes popeline tous tissus à salaise
fleurs roses offertes par manue, pois jaunes mille mercis liberty à lyon
bobs suivant le patrons olivers + s téléchargeable ici. balles m comme marie, chutes du stock.
cré moi, cré moi pas...
c'était un samedi joli. il faisait frais et ensoleillé et puis on s'était levés de bonne heure. ça tombait bien parce qu'il y avait le marché et qu'au printemps, le marché c'était délicieuses fraises, petits pois, navets, oeufs frais, soleil et fleurs. festival de couleurs et de douceurs. on cuirait le poulet du samedi, on écosserait les petits pois, on déposerait les asperges au fond de la casserole, on laverait les fraises.
le petit bonhomme s'apprêtait à faire son show; il chantait sa chanson douce, et la poulette émue l'écoutait fière. son ton était doux, sa voix portait juste et ses mots la renvoyaient au soir de novembre où, seule avec son monitoring, elle avait poussé ces quelques mots tristes et doux, pour accompagner sa peur et sa joie de devenir mère. "cré moi, cré moi pas, quequ'part en alaska, y'a un phoque qui s'ennuie en maudit". ces premiers mots la bouleversaient toujours autant et le petit bonhomme la chantait, et la poussinnette lui suivait. et on préparait les fraises, les petits pois et le pâté de roquefort. chacun chantait, doucement, et écoutait l'autre.
on souriait et doucement grillait le poulet à l'estragon. "maman, je t'aime plus fort que tout le monde"
le poussin porte une tunique citronille en taille 6A, tissus lydie confiture et paniers vert pomme, un pantalon vu ici, et une veste vue là...


























































