robe de fée
... ce que l'infante préférait entre tout, c'étaient les sept secondes avant que ne se referme la porte du soir.
la reine disait "dors."
elle disait "dors mon enfant, ma toute belle" ou "ma bruyère".
elle disait "dors mon acrobate en chaussons, ma fée" ou "ma funambule".
elle disait "dors mon ange sans oreille, mon fruit mûr". et même parfois "dors ma confiture".
elle ne disait qu'un seul mot par soir et, dans l'attente du moment précieux, l'infante tentait de deviner lequel viendrait.
elle les avait écrits, comptés et classés. par ordre alphabétique et par nombre de lettres. elle les connaissait comme on connaît ses prières et, une fois la porte refermée, elle les récitait comme on égraine un chapelet. pour que le jour vienne plus vite et pour que cela ne s'arrête jamais.
elle les disait encore jusqu'à s'endormir tout à fait.
elles étaient heureuses et c'est une chose tout à fait autorisée. ...
Estelle SAVASTA, Seule dans ma peau d'âne
Robe et chapeau de Fée Viviane, Citronille, taille 4 ans pour poussinnette de 3 ans et demi, manches pagode en voile marèse, tissu à pois récup drap monop et velours vert d'un déstockage. merci à maman loutre pour le patron...
the fabulous life of the poulette
quelques questions revenaient par ci, par là... et ton CAP, ça va comment? ça avance? la poulette était un peu mal à l'aise. elle n'osait pas trop dire que depuis le 28 septembre elle s'attelait à aligner des points en droites parallèles, suivant une ligne droite, oblique, brisée ou courbe. qu'elle ramait grave à être rigoureuse, à piquer droit du début à la fin, à respecter les marges de +/- 1 mm. la poulette trouvait ce travail ingrat, fatigant et peu valorisant. elle en avait marre de son sac à pain. elle aurait souhaité que l'ébauche brulât et qu'on lui dise: c'est bon, on va passer à autre chose. mais ce n'était pas bon, et on ne passait pas à autre chose. et d'heure en heure, elle alignait ses petits points beige sur son tissu bleu pâle, pour s'entraîner. et aujourd'hui, elle avait fini son sac à pain. elle était fière, et ravie et voulait le dévoiler à la blogosphère entière et accueillir en son coeur meurtri les vivats d'admiration de tous. en plus, en rentrant de ses 4 heures de couture à l'atelier, elle avait retrouvé son foyer chargé de ses nouvelles couleurs, car enfin, on réparait le dégât des grandes eaux .
avalanche de points sur rectangles de 22 par 32, tissu pourri et fil beige. gabarits biscornus et durs à suivre, surtout les créneaux.
quant aux couleurs...
fallait oser...
fallait oser choisir ce doux coupon. tailler dedans. et y faire vivre une chemisette pour garçon. fallait oser et la poulette a bien aimé, oser. ça lui a fait du bien, à la poulette. elle attend de pied ferme le poussin pour voir si ça va. mais déjà, pendant qu'elle cousait les pressions à la main, le poussin lui tournait autour en trépignant d'envie de la mettre, sa chemise bariolée.
et la poulette, eh bien ça lui avait mis du baume au coeur, car le diabolo de la poussinnette s'était fait la malle; la poulette était inquiète. elle se demandait ce qu'on pourrait faire pour sa poussinnette. elle était inquiète aussi, la poulette, de voir le temps filer et les copies s'amonceler sur le coin de sa table de travail. elle n'avait qu'une envie, depuis deuxmilledouze... prendre des bains et prendre soin d'elle. elle voulait câliner ses poussins, mitonner des petits plats, arrêter le temps et caresser les peaux douces de ses enfants. enfouir le nez dans les bouclettes de poussinnette, dans le cou chaud et poivré de son fiston. elle voulait rêver un peu, jouer beaucoup, et courir moins.
elle se délectait de lectures variées pour le prix des lecteurs, stoner, le polygame solitaire ou encore sollicciano. elle tentait des recettes de galette à la noisette ou faisait sauter des gnocchis dans la graisse de canard. elle lisait des textes de superhéros et chauffait le studio pour coudre... juste un petit peu, un petit pantalon qui irait bien avec cette chemise.
elle avait vu les deux derniers bref, et souri. ça allait.
chemise maurelle, blousette rose, taille 6A. tissu tous tissus et surpiqûres orange, pressions invisibles cousues à la main, biais vichy bleu.
FLASH DE 20h51, coup d'oeil dans le rétroviseur: maurelle... quand la poulette était au collège, y avait un gars dont le nom ressemblait curieusement à celui là. curieusement cultivé, très gentil, il formait avec linda le duo que la poulette fréquentait. linda raffolait du ciné et ce gars la suivait. ils parlaient pendant des heures de ce qu'ils avaient vu, à la télé, au ciné, bref de ce que la poulette connaissait peu. à l'heure où la poulette découvrait le grand bleu et pleurnichait en regardant dirty dancing pour la 22° fois, linda la snobait en évoquant david linch. ce gars, la poulette l'aimait bien. il était sensible, gentil, et souvent caustique aussi. il portait de jolies chemises très raffinées. il avait des joues douces. il avait fait l'école freinet. il habitait une jolie maison, place danton. sa maman était plus grande que son papa. il avait un sourcil rigolo. il mettait du gel dans ses épais cheveux bruns. avait un rire qui retentit encore aux oreilles de la poulette. la poulette aimait bien se faire croire qu'elle appartenait à ce gotha, et sentait néanmoins qu'il y avait encore une étape à franchir pour se faire aimer d'eux. elle essayait bien fort, et avait malgré elle, et peut-être pour leur plus grand plaisir, ce sentiment d'exclusion. la poulette serait parmi eux, peut-être, une référence. au moins digne d'être entendue. linda est devenue journaliste, grand reporter, certains la voient parfois à la télévision. elle est maman et n'a pas beaucoup changé. lui, il se ressemble encore. et la poulette a grandi.
chronique d'un week end de neige
il y avait eu un drôle de vendredi, courant chez le docteur et s'inquiétant pour presque rien, restant avec un poussin ravi et surexcité à la maison au lieu de retrouver les petits première, qui heureux de la nouvelle, s'étaient égayés dans la cour. vendredi qui allait chercher les enfants après dîner chez la nounou, et qui permettait à la poulette de faire une 'tite cousette ou une 'tite sieste avant de les retrouver. elle en avait bien profité et avait utilement cousu un jogging à son poussin, pour qu'il luttât en tenue confortable. un jogging à étoiles, avec un peu de jaune. le soir, les enfants s'étaient envoyé au nez de délicieuses remarques que la poulette, seule devant ses copies, notait en souriant:
on avait fini par danser devant la cheminée du dix-neuf et lancer des ballons enfin rentrés à la maison...
jogging kupperkeikka du magazine ottobre 2010/6, taille 110 pour poussin de 108 cm, pas de marge le long des jambes sur les conseils avisés d'une sympathique petite fourmi, molleton breton et bord côte jaune du marché de chabeuil, étoiles peppauf.de
y'aura-t-il de la neige cet hiver?
reprise ensoleillée, reposée et joyeuse. la machine à coudre a un peu tourné, mais pas trop. la poulette lit et se détend, rit aussi beaucoup et prend soin d'elle et du poulailler. monsieur poulet désespère de voir le temps si doux, si clément et de ne pouvoir aller skier. la poulette est aussi un peu inquiète de cette planète qui marche sur la tête. y'aura-t-il de la neige cet hiver? une neige lourde et crissante qui permette de se courir après pour s'envoyer des boules en hurlant? y'aura-t-il des promenades à ski dans le silence des grands arbres? y'aura-t-il un poussin fou de joie de glisser et tourner? y'aura-t-il aussi, une première fois pour la poussinnette? y'aura-t-il un bon thé fumant, les doigts gelés, après une journée au nez rougi par la bise?
la poulette roulait à vélo ce matin, et avait enfilé ses gants pour la forme. il faisait tiède, c'était bon. et puis elle pensait à cette toute petite couverture de neige qui avait saupoudré les hauteurs de vienne fin décembre. elle aimerait bien quand même voir ce lourd manteau s'abattre sur la ville et sur les collines, entendre ce bruit feutré, et sentir son homme crépiter de joie en fartant ses skis...
et d'arpenter l'après midi les rues ensoleillées, petite main chaude tendrement serrée. pour l'instant le manteau est un peu trop chaud, et c'est bien. on roulera les manches qui cachaient les petites mains. on remonte les manches et on sourit.
manteau du livre 127 chez les JCA, taille 130 sans marges et raccourci en 120. polaire rouge du marché et lainage tous tissus à salaise. boutons du stock et pressions résine.













































